Jiburo 2002, 1h27
De LEE Jung-Hyang
Synopsis
Un petit garçon, Sang-Woo, passe à contre cœur ses vacances d'été chez sa grand-mère maternelle qui demeure à la campagne. Celle-ci, vivant seule et modestement accueille avec joie ce petit être qui pourrait combler sa solitude. Muette mais remplie d'amour pour ce petit fils elle essaye tant bien que mal de l'amadouer. Mais la mise en place d'une relation entre ces deux êtres antagonistes s'avère ardue. Le petit citadin habitué à la télévision, aux jeux vidéo, aux fast food, bref au confort de la vie moderne rejette cette « étrangère » qu'il ne connaît pas et se montre impitoyable. Pourtant malgré ce fossé, ces deux êtres vont apprendre à s'apprivoiser. Malgré sa lenteur de tortue et son mutisme, la vielle femme parvient à bout de patience et de démonstrations affectueuses à trouver le chemin du cœur de Sang-Woo, qui de monstre d'égoïsme et de caprices se transforme peu à peu en s'ouvrant au monde qui l'entoure.
Quelques clefs d'analyse
A travers les deux personnages de Jiburo , on assiste au choc entre deux cultures, deux modes de vie opposés, deux âges et deux Corées à deux vitesses.
Le petit garçon capricieux âgé de 7 ans découvre en compagnie de sa grand-mère âgée de 78 ans la vie à la campagne. Ce brusque retour en arrière : pas de toilettes, pas d'électricité, pas de piles, pas de câble, pas d'ordinateur, pas de Kentucky Fried C hicken ni de salles de jeux vidéo… bref l'enfer pour un petit citadin coréen, provoque certains moments savoureux.
Ce film à la fois léger et émouvant relate bien le problème actuel auquel est confrontée la Corée moderne : des petits citadins gâtés, assommés par les images virtuelles et gavés de junk food , noyés dans une société coréenne nouvellement riche et littéralement obsédée par un consumérisme effréné. Dans le même temps, les campagnes tendent à se dépeupler et ce mode de vie simple et traditionnel risque de disparaître
L'actrice principale, K IM Eul - B u n, actrice non professionnelle repérée par la réalisatrice dans un village, devenue depuis une star en Corée, est incroyablement touchante par son jeu sobre et tout en retenue qui l'amène à traduire tous ses sentiments par son regard. On ne peut être que touché par toutes ses tentatives d'approche maladroites.
Quant au petit garçon joué par le talentueux Yoo Seung-ho, il est tour à tour agaçant et attachant au cours de son changement. Espiègle et malicieux, il tourne en bourrique sa grand-mère qui accepte par tendresse tous ses caprices, ce qui n'est pas sans susciter l'indignation du spectateur ! Les liens entre ces deux êtres se tissent par le biais de gestes familiers (la vieille femme lui coupe les cheveux et opte pour une coiffure qui serait un croisement entre celle de Calimero et d'un Playmobil, Sang-Woo veille sur sa grand-mère alitée, lui apprend à écrire pour qu'elle puisse lui envoyer des lettres). Dans ces scènes de confiance et d'émotions, la réalisatrice ne tombe jamais dans le sentimentalisme mielleux mais parvient à rendre avec fraîcheur et grâce cette histoire d'amour entre une grand-mère des champs et un petit garçon des villes en filmant ces deux êtres qui s'apprivoisent mutuellement dans le quotidien.
Ce petit film poétique fait réfléchir et surtout rend le coeur léger, le spectateur ne peut rester insensible face à ces personnages attachants qui s'éveillent au contact de l'un et de l'autre.
Jiburo , traduit en anglais par The Way Home nous rappelle à tous que le chemin de la maison ou plus symboliquement de nos racines est initiatique et qu'il nous conduit toujours au plus profond de nos cœurs. On est totalement apaisé et ému par ce petit chef-d'œuvre à consommer sans modération de 7 à 77 ans.