Lady Vengeance 2005, 1h55
De PARK Chan-Wook
Dans le cycle de la vengeance, cet opus qui clôt la trilogie de Park Chan-Wook ( Sympathy for Mr. Vengeance et Old Boy ), se distingue des deux autres par le fait que le protagoniste est une femme : Geum-Ja, jeune héroïne belle à damner qui fascine par sa beauté exceptionnelle mais qui effraie en même temps à cause de son visage qui demeure impénétrable. A la fois ange et démon, sainte et diabolique, cette jeune femme qui a purgé 13 ans de prison pour un infanticide qu'elle n'a pas commis fomente un plan méticuleux afin de se venger de celui qui est responsable de cette situation. Elle seule connaît la vérité ainsi que l'identité du criminel et seule la loi du talion pourra, pense-t-elle, lui apporter la satisfaction d'une justice rétablie.
Au bout de ce parcours vers la rédemption qui s'apparente à un chemin de croix, Geum-Ja parvient à retrouver une certaine forme de purification en retrouvant sa fille qu'elle a dû abandonner et en assouvissant sa vengeance. Au début déclarée coupable, elle devient justicière afin de se venger et de se laver de ses péchés et touche du doigt la grâce à plusieurs reprises. On note que Geum-Ja est couronnée plusieurs fois d'une auréole à la manière des martyrs. Il y a pléthore de références à la religion chrétienne (l'héroïne est libérée le jour de Noël et prie jusqu'à l'épuisement, l'une des dernières scènes du film est un clin d'œil à la Cène, le châtiment du vrai coupable est exemplaire…). Durant son expiation en prison, elle va se montrer travailleuse et solidaire, les codétenues la surnomment « la Sorcière » et « Geum-Ja au grand cœur » pour l ensemble de ses actes,
Geum-Ja est à la fois une Madone et une figure christique investie d'une mission : voir souffrir celui qui lui a volé 13 années de sa vie : son ancien professeur et amant qui se révèle être un bourreau d'enfants singulièrement sadique joué par le talentueux Choi Min-Sik qui nous avait époustouflés par sa performance dans Old Boy . L'actrice principale Lee Yeong-Ae que l'on a précédemment vue dans Join Sécurity Area du même réalisateur dans le rôle du sergent Sophie E. Jean, nous impressionne une fois de plus dans ce rôle complexe. Le caractère secret et insaisissable de son personnage est rendu par un jeu tout en nuances qui repose essentiellement sur les différentes expressions de son visage de marbre. Le spectateur comme les personnages du film ne peut qu'être ensorcelé et dérouté par cette jeune femme quasi muette mais à la volonté inébranlable et totalement obsédée par sa stratégie vengeresse. Park Chan Wook va nous amener à comprendre cette pièce montée sous la forme d'un puzzle habilement construit.
Comme pour se précédents films, le réalisateur a apporté un soin remarquable à la mise en scène et à la psychologie des personnages. Le travail sur le maquillage est particulièrement intéressant, le regard de Geum-Ja naturellement intense et mystérieux est rendu d'autant plus troublant qu'il est souligné par du fard à paupière rouge qui lui confère un aspect étrange et inquiétant. De même une attention importante est apportée aux choix des couleurs et des tissus des vêtements. Le manteau noir en cuir à col montant est assez impressionnant et il n'est pas sans nous rappeler le costume de Meiko Kaji surnommée la « femme scorpion », actrice japonaise culte, archétype de la vengeance au féminin. Geum-Ja rejoint ces grandes dames (on pense au personnage de Black Mamba jouée par Uma Thurman dans Kill Bill de Tarantino) ivres de vengeance qui tentent d'évoluer dans un monde misogyne et phallocratique que sont les sociétés japonaises et coréennes.
Le metteur en scène nous livre également une réflexion intéressante sur le pouvoir des médias qui fabriquent des stars du crime qui fascinent et qui déchaînent les passions d'un public avide de sensationnel. On voit très bien cet aspect lors de la scène de la reconstitution du crime sous l'œil des caméras et des badauds qui n'est pas sans nous rappeler une scène burlesque d'un autre chef-d'oeuvre du cinéma coréen Memories of murder . Geum-Ja devient malgré elle une star et elle entraîne dans sa course effrénée une cohorte de personnages qu'elle n'hésite pas à instrumentaliser afin de réaliser son projet.
Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ce film, disons juste que Park Chan-Wook a définitivement crée un style qui lui est propre et qui promet encore de beaux moments pour les cinéphiles. On retrouve avec plaisir son esthétisme dans ses trois films : mise en scène dynamique et recherchée, musique dramatique omniprésente, goût pour un décor symbolique, des papiers peints aux motifs géométriques, personnages secondaires pittoresques…
Il fait partie des plus grands et il nous le prouve encore avec ce chef-d'œuvre d'humour noir à consommer sans modération…
Par Gwenael Mothere et Marie Boulay
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