Marathon 2005, 1h47
de JEONG Yun-Cheol
Histoire vraie de Yoon Cho-Won, un jeune autiste passionné de chocolat, de zèbres et de course à pied. 20 ans après sa naissance, ce jeune homme possède le niveau intellectuel d'un garçon de 5 ans. Sa mère pense détenir la solution afin d'insérer au mieux Cho-Won dans la société et se bat corps et âme pour voir un jour son fils courir un marathon, une décision qui marquera une rupture dans la relation fusionnelle entre cette mère et son fils.
Peu de cinéastes coréens s'intéressent à la question de la différence ou de l'handicap, sujets encore tabous dans une société en pleine mutation. On pense à OASIS de LEE Chang-Dong qui retrace la dure existence de deux désaxés, un jeune chômeur qui ne trouve pas sa place dans une société qui prône la réussite et une jeune femme handicapée moteur que sa famille s'évertue à cacher de peur des « on dit » des voisins. C'est pourquoi CHUNG Yoon-Chul a d'autant plus de mérite d'avoir mis en scène un protagoniste autiste qui essaye de vivre comme tout le monde alors qu'il est marqué par le sceau de la différence. L'histoire s'appuie sur une maladie encore mal connue du grand public : l'autisme, qui inspire la crainte du fait de son étrangeté. Le cinéaste s'attache à montrer sans concession et sans mièvrerie le dur quotidien de ce personnage qui est enfermé dans son univers et qui grâce à un défi va s'ouvrir au monde extérieur.
Le traitement de ce sujet est tour à tour tendre, dramatique et comique. Le réalisateur ne tombe jamais – ou à de très rares moments – dans le larmoyant ou le pathétique, deux aspects que l'on aurait pu craindre face au thème de la maladie. Au contraire, la caméra suit l'itinéraire de ce jeune homme qui tente de s'épanouir tout en acceptant sa différence, par le biais de l'humour qui parvient à désamorcer certaines situations gênantes ou tristes.
Le héros est particulièrement attachant, il faut saluer la performance de l'acteur qui nous offre un numéro d'acteur tout en nuances et en subtilités. Comme pour Léonardo Di Caprio dans Gilbert Grape , on pourrait croire qu'il est réellement atteint d'autisme. Agé d'une trentaine d'années, il a l'esprit d'un petit garçon de 6 ans. Ses journées sont rythmées par les reportages animaliers (il est particulièrement fasciné par les zèbres), les cours dispensées par sa mère, les activités destinées à l'éveiller, jusqu'au jour où il se découvre une passion pour la course à pieds. Sa mère qui a sacrifié sa vie de femme et de famille le pousse alors à réaliser son rêve : participer au marathon annuel de Séoul. A partir de cette décision, ses journées se transforment en entraînements intensifs qui le poussent à se dépasser physiquement mais aussi mentalement. Avec l'aide d'un entraîneur désabusé, bourru mais sympathique, Chun-Woo parvient à courir et surtout à achever cette course.
Ce marathon se révèle être alors un chemin initiatique parsemé d'embûches et de railleries, ponctué de phases de découragement et d'épuisement…, cette course est bien la course d'une vie pour Chul-Woo.
La figure maternelle est omniprésente, se sentant responsable d'avoir mis au monde un garçon « original », elle met tout en œuvre afin de réparer cette fatalité du sort. La cellule familiale se retrouve alors éclatée par la présence de ce fils qui exige l'attention de tous et de chaque instant. Ne supportant pas le poids de ce handicap le père n'a pas d'autre choix que de quitter le domicile face à une femme qui ne s'occupe que de Chul-Woo et le frère aîné de celui-ci en pleine adolescence, malgré la tendresse qu'il lui porte, n'arrive pas à supporter le fardeau de sa présence. Ce film illustre la difficulté d'avoir surtout en Corée, société basée sur les apparences, un membre anormal.
Ce film s'inscrit dans la lignée de Rain Man , du 8 ème jour ou de Forrest Gump , des films à succès qui ont pour point commun des personnages handicapés ou qualifiés de « simples d'esprit ». D'ailleurs un passage assez drôle du film montre le personnage de l'entraîneur qui croît un bref moment qu'il tient un génie comme dans Rain Man et s'aperçoit amèrement que Chul-Woo ne pourra pas lui apporter la fortune…
Cette aventure humaine inspirée de faits réels a bouleversé le public coréen qui découvre un personnage attachant et plein de vie.
Récompenses :
- Prix du Meilleur film et du Meilleur réalisateur au Grand Bell Awards- Festival de Daejong 2005
- Grand Prix du Public et Prix du Jeune Public à l'Asiexpo Lyon 2005 ;
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