Memento Mori 2000, 1h37
De MIN Kyu-Dong

Sur le chemin du lycée, Min-Ah découvre un journal intime écrit par Shi-Eun et Hyo-Shin, qui fréquentent le même lycée. Rapidement, Min-Ah se rend compte des relations de complicité et d'amour qui unissent les deux jeunes filles. Alors que Min-Ah a rejoint sa classe pour un bilan de santé, un cri retentit : Hyo-Shin vient de se suicider. Alors que le lycée est en proie à une agitation générale, son amante Shi-eun paraît indifférente. Ceci éveille les soupçons de ses camarades, et attise la curiosité de Min-Ah, qui, guidée par le carnet et par ses hallucinations répétées, va tenter d'éclaircir le mystère qui entoure cette mort tragique.

Clefs d'analyse
Memento mori : « souviens-toi que tu es mortel ». Une incantation qui jalonne le film, hanté par des mélodies dissonantes, des paroles mystérieuses et des apparitions effrayantes… qui, contre toute attente, ne constituent pas l'aspect le plus horrible de cette oeuvre. Car si l'héroïne, Min-Ah, est tout d'abord épouvantée par ses hallucinations morbides, elle ne tarde pas à l'être bien davantage par un tout autre type d'effroi : celui que lui occasionne le comportement de ses pairs. Film inclassable servi par une réalisation et un montage exceptionnels qui lui confèrent une atmosphère onirique, tantôt catalogué film d'horreur, film fantastique, mélodrame, Memento mori est aussi (et peut-être avant tout) un film politique. Ce que va découvrir Min-Ah, c'est le rejet de l'homosexualité dans toute sa gravité. Petit à petit, elle va réaliser que ses amies les plus proches font preuve d'une cruauté meurtrière, à peine déguisée sous un voile d'insouciance puérile. Cette cruauté qui se manifeste à travers une persécution psychologique quotidienne, mais aussi à travers une violence physique, s'avère être le véritable assassin de Hyo-Shin.

Les hallucinations de Min-Ah sont d'abord de simples métaphores de la mort, puis tendent à métaphoriser le rejet social, tout en conservant leur dimension macabre. Le thème du conformisme est par ailleurs annoncé dès les premières minutes, lors du bilan médical, où les jeunes filles supplient les infirmières de trafiquer le relevé de leurs mensurations, se jugeant tantôt trop plate, trop petite ou trop ronde. Les adultes sont dépeints de façon analogue, réactionnaires et infantiles, l'un humiliant une jeune fille en la surnommant « la limande » en raison de sa poitrine plate, l'autre interdisant au couple de se tenir par la main, la dernière assurant que les suicides cesseront si les élèves se montrent bien sages. Si cette assertion peut s'entendre dans le sens où ce sont les élèves en général qui doivent faire un effort de tolérance, elle semble ici dénuée de reproche envers les élèves présents. Par conséquent, ce sont bien les deux jeunes filles qui sont incriminées, et également les précédents suicidés : être différent, c'est précisément ne pas être sage.

Min Kyu-Dong, co-réalisateur du film, déplorait dans ses interviews que les actrices de Memento mori aient elles-mêmes l'homosexualité en horreur. Dans Lovely Week , son prochain film, il aborde à nouveau ce thème au travers de l'un de ses personnages principaux. En Corée, l'homosexualité est un tabou majeur, considérée comme une pathologie écoeurante. Memento mori y a fait l'objet de débats animés et de nombreuses scènes du film ont été censurées.

Voir la bande-annonce >
(autorisez les pop-up pour visualiser le contenu media)


Filmographie

KIM Tae-yong (01 janvier 1969)
2006 : The Birth of Family
2006 : On the Road, Two
2005 : My Boyfriend is Type-B
2004 : Camellia Project
2004 : Mr. Hong
2004 : Twentidentity
2003 : Romantic Assassins
2002 : Chihwaseon
1999 : Memento Mori

 

 

MIN Kyu-Dong (01 janvier 1970)
2005 : My Lovely Week
2004 : Twentidentity
1999 : Memento Mori